À l’approche de la St-Jean-Baptiste, la Fête nationale du Québec, certains nationalistes commencent déjà à questionner la présence des immigrants sur le sol québécois.

Cet événement festif, qui devrait promouvoir le vivre-ensemble n’est pas toujours rassembleur. À lire et écouter les propos de quelques chroniqueurs des médias, cette fête nationale prend parfois l’allure d’un procès contre les immigrants. Une façon déplorable de vouloir séparer les Québécois de ces… autres Québécois.

Cet incessant désir de placer l’Autre dans son altérité est un signe de xénophobie.

Il est d’autant plus fascinant de constater que ces nationalistes qui revendiquent le territoire québécois ne consultent jamais les Amérindiens qui, disons-le, devraient avoir leur mot à dire dans les décisions concernant cette terre. Considérés comme les premières nations de l’Amérique, ces pauvres gens ont été victimes du premier et plus grand vol à main armée de l’histoire du continent.

L’apport des immigrants

Disons les vraies choses! Ce que les immigrés apportent au Québec est inestimable. On ne pourrait évaluer cet apport que si tous les immigrants pliaient bagages et allaient s’épanouir sous d’autres cieux.

Ne serait-il donc pas intéressant d’imaginer le Québec sans ses Québécois venus d’ailleurs?

En fait, non! Ce scénario est impensable quand on s’aperçoit que la majorité des commerces du centre-ville de la métropole appartiennent à des hommes et femmes d’affaires d’origine ethnique.

Ce scénario est aussi inimaginable lorsqu’on tient compte du ralentissement de la croissance démographique du Québec.

Qu’arriverait-il à l’industrie du taxi si les Haïtiens et les Arabes partaient? La vie nocturne de Montréal serait beaucoup moins animée. Elle serait maintenue sous respiration artificielle.

Montréal serait-il toujours une destination gastronomique si les Grecs et les Asiatiques n’étaient plus en ville?

Personnellement, étant l’un des Gens du Pays, j’aime bien la poutine et la tourtière, mais il m’arrive souvent de voyager au pays du Soleil-Levant en dégustant des sushis fraîchement préparés dans des restos asiatiques du quartier Côte-des-Neiges et du Mile End.

Vive la diversité culinaire, possible par le pluriculturalisme!

Et avouons qu’un Montréal sans les Helléniques et les Asiatiques serait un Montréal peu gourmand, dénué de son fin palais.

Le restaurant asiatique Park restaurant

Qu’adviendrait-il des quartiers St-Michel, St-Léonard et Rivière-des-Prairies si des Italiens n’avaient pas quitté l’Europe durant l’après-guerre pour s’installer au Québec?

Les Haïtiens durant la Révolution tranquille

Quiconque détient un minimum de lucidité intellectuelle sait que l’immigration a été essentielle à la croissance économique de la Belle Province, sans oublier ses retombées culturelles et sociales.

Prenons le cas des premiers Haïtiens arrivés au Québec en exemple. Durant les années 60, ces instituteurs, médecins et infirmières qui fuyaient la dictature duvaliérienne ont grandement contribué à éclairer le Québec qui sortait de sa Grande Noirceur.

La deuxième vague d’immigration des Haïtiens était moins instruite que la première, néanmoins elle a honorablement participé au développement du Québec en offrant sa main d’oeuvre à différentes entreprises.

Dans l’ensemble, ces deux vagues d’immigration ont produit des avocats, des médaillés olympiques, des enseignants, des champions de boxe, enfin bref, tous les éléments indispensables à une société.

Ah, j’allais oublier: il y a aussi eu une gouverneure générale.

Jennifer Abel, médaillée olympique

Parmi les propos mensongers que j’ai lus cette semaine, il y a eu ceux d’un chroniqueur qui prophétisait la disparition du français, causée par le débarquement de nouveaux arrivants dans la province. Ironiquement, ce Nostradamus du dimanche a omis de mentionner que le premier Québécois à occuper un fauteuil de l’Académie française est un immigrant. Un Haïtien, qui, par sa plume, a influencé le monde littéraire du Québec, ainsi que celui du cinéma.

Qui sait, peut-être que parmi ces nouveaux arrivants syriens, il y aura des futurs Dany Laferrière.

Non seulement le français n’est pas menacé, mais son état de santé s’est amélioré: les migrants du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne qui possèdent un excellent français ont certes stimulé son bon usage.

Quand j’étais petit, la danse était une enigme pour les Québécois. De nos jours, il est rare de tomber sur une femme ou un homme qui ne maîtrise pas les danses salsa, kompa et kizomba.

Veut-on toujours se départir de ces importateurs de culture?

Cours de danse Kizomba

Selon un rapport des Nation unies sur les politiques migratoires dans le monde, en 1996, 60% des pays développés voulaient réduire l’immigration. Aujourd’hui, ils ne sont que 10% à vouloir s’isoler du reste du monde. Or, je doute fort que le Québec fasse partie de cette minorité de sociétés ayant cette attitude d’autosuffisance.

le nouveau visage du Québec

Lorsque je jette un regard sur les 30 dernières années de la société québécoise, je remarque que beaucoup de choses ont changé, mais certains discours restent les mêmes. Des discours venant des nostalgiques du Québec homogène, voulant honorer le refus de la pluralité et de la diversité de leurs grands-parents.

Si l’on se fie aux deux publicités de Montréal retirées pour leur manque de diversité, on peut conclure que le passé a également emprisonné les administrateurs de la Ville. Ces grands décideurs qui devaient afficher l’identité montréalaise à la télé ont été pris entre leur fantasme d’homogénéité et la réalité montréalaise. Quelle histoire!

Aujourd’hui, quand le Québec se regarde dans le miroir, il constate qu’il est aussi beau, sinon plus qu’il y a une quarantaine d’années. Toutefois, il doit reconnaître qu’il n’est plus aussi blanc, qu’il a pris de la couleur: les Antillais, les Africains et les Maghrébins lui ont amené ce soleil dont il avait besoin.

Et surtout, cette source lumineuse saura faire briller la nation québécoise.

Bonne fête de la St-Jean à tous.

Walter Innocent Jr
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J'écris par passion. Je blogue par souci d'une meilleure compréhension du monde complexe dans lequel nous vivons. À travers mes écrits, je compte vous faire voyager dans tous les coins de la planète afin de découvrir et d'explorer les réalités sociales et culturelles de différentes sociétés.

10 Commentaires

    • Walter Innocent Jr
      Walter Innocent Jr Répondre

      Merci Islande! Sache que tes mots gentils me font grandement plaisir. À bientôt, chère compatriote..

      • Un grand bravo pour tout ce que vous aviez dit un bon résumé pour ceux qui doute encore de l’immigration et ses effet positive vive le Québec et le Canada

        • Walter Innocent Jr
          Walter Innocent Jr Répondre

          Merci cher ami! Il me fera plaisir de lire à nouveau ton commentaire dans mon prochain article. À bientôt…

  1. Merci Walter, juste magnifique, j’aime beaucoup votre texte, bravoooo!
    Bonne Saint jean à vous.

    • Walter Innocent Jr
      Walter Innocent Jr Répondre

      Merci Nadia! Je suis ravi que le texte t’aît plu, et j’espère continuer à te faire plaisir. Bonne St-Jean, chère lectrice…

  2. Merci Ealter pour ton texte que j’ai dégusté avec un grand appétit. En effet, ayant épousé un québécois dint la famille ne m’a jamais accepté, ton texteme fait pensé à cette génération de xénophobe qui ont peur des « autres ». J’ai toujours été « l’autre ». Mon mariage finalement n’a ps résisté à leur tempête et ceux qui ont perdu, ce sont les enfants couleur soleil.
    Bref, merci poir ce beau message!!!!

    • Walter Innocent Jr
      Walter Innocent Jr Répondre

      Elizabeth, je suis désolé que tu aies eu à subir parei sort. Et je suis heureux que le contenu du texte t’aît plu. Cela dit, malgré cette mauvaise expérience, tes enfants  »couleur soleil », comme tu dis, ainsi que toi ferez briller le Québec. Merci pour le compliment. À bientôt…

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