Plus d’une cinquantaine d’années après le célèbre discours  »I Have a Dream » du nobéliste Martin Luther King, on constate que l’égalité entre Noirs et Blancs reste un rêve inachevé chez nos voisins du Sud. Et dans certains pays européens, la montée du racisme inquiète.

Chez nous, au Québec, malgré son omniprésence, le racisme n’est perceptible que par un groupe d’individus. La question raciale suscite peu d’intérêt. Elle dérange et divise, d’où la réticence de certains d’entre nous de la communauté noire à aborder ouvertement le sujet.

De peur que << l’autre >> ne soit dérangé par certaines vérités, on se tait, on souffre en silence.

Au lendemain de la controverse du défilé de la Saint-Jean-Baptiste, Martin, un ami blanc, et moi avons eu une conversation sur le racisme. D’emblée, il était évident que nous ne partageons pas les mêmes points de vue, mais il s’avérait essentiel que nous apprenions sur ce sujet qui nous concerne tous.

Après tout, l’éducation n’est-elle pas l’outil de la lutte contre le racisme?

Je vous fais donc part de quelques extraits de cette conversation à la fois sérieuse et amicale.

Martin- Qu’est-ce que le racisme?

Le racisme, ce grand tabou de l’Occident, est un fléau qui se transmet de génération en génération, et se retrouve sous diverses formes dans toutes les sociétés.

Selon le dictionnaire Larousse, le racisme est une idéologie fondée sur la croyance qu’il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les races.

Cependant, si nous demandons aux gens racisés, notamment, les Noirs, de nous définir le mot racisme, ils seront beaucoup plus explicites. Ils parleront de profilage racial, de brutalité policière et d’exclusion sociale. Une dure réalité de la manifestation du racisme, quoi.

Crois-tu que le racisme ait été au coeur de l’incident du défilé de la Saint-Jean?

On ne peut nier le caractère racial de cette histoire. Ne pas lier la période esclavagiste à des jeunes Noirs qui poussent des chars allégoriques tout en revêtant des costumes des plantations de coton est une insensibilité qui est nourrie par une forme de racisme.

Si tu avais fait partie du comité organisateur, qu’aurais-tu suggéré?

Je crois qu’il est important d’inclure tout le monde. Toutefois nous devons être prudents pour ne pas offenser qui que ce soit, car l’inclusion ne signifie pas ignorer le passé de chacun.

Par exemple, si j’organisais un événement similaire pour la Fête du Canada, je ne demanderais pas à des jeunes Blancs portant des t-shirts arborant des fleurs de lys de pousser des chars allégoriques du Canada, tout comme je ne laisserais pas des Palestiniens en faire autant à la Fête nationale d’Isarël. Et je ne crois pas que la communauté juive aimerait voir ses jeunes gens s’adonner à un tel exercise en apparence servile à la Journée nationale des Allemands.

Tintin au Congo

Que penses-tu du mouvement Black Lives Matter? Ne penses-tu pas que la vie de tout le mode est importante?

Aucun être humain ne devrait penser que les vies d’un quelconque groupe sont plus importantes que celles d’un autre.

Cependant, en ce qui concerne les Afro-Américains, ils ont souvenance de l’époque du lynchage, de l’esclavage, où ils ont eu un sort animal. Leurs vies ne valaient pas plus que celle des chevaux. Donc, le spectre du lynchage est éveillé par la brutalité policière. Alors, par respect pour l’humanité, la population blanche ne devrait pas détourner l’attention que recherchent ces activistes.

L’élection d’Obama n’a-t-elle pas prouvé qu’il y a moins de racisme?

Si je me souviens bien du discours de Dr King, il parlait de l’émancipation de la collectivité noire. Il n’était nullement question de l’ascension d’un individu au plus haut rang de la société américaine.

Vois-tu, cher Martin, pendant que la famille Obama vivait son rêve américain à la Maison Blanche, des millions de Noirs vivaient le cauchemar quotidiennement.

Au Québec, la communauté haïtienne a été réjouie de la nommination de Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale, néanmoins, elle aimerait bien que le gouvernement provincial enquête sur le racisme systémique.

Manifestation antiraciste à Montréal

Je ne peux pas croire que ce genre d’inégalité causée par le racisme existe toujours en 2017.

Le racisme n’est pas une prescription que l’on va chercher à la pharmacie, à laquelle une date d’expiration est indiquée. Que l’on soit en 1860, en 1973 ou aujourd’hui, ce devrait être tolérance zéro.

Une chance qu’au Québec, le racisme n’est pas comme aux États-Unis.

Une société est raciste ou ne l’est pas, disait Frantz Fanon. Il n’existe pas de degrés de racisme. À trop vouloir évaluer le niveau de son racisme afin de trouver pire que soi ailleurs, on aboutit dans le déni.

Ici, au Québec, nous aimons croire que le racisme, ce mal-être mondial, n’atteint que les autres. Notre obssession de préserver une image de société libre et démocratique nous a poussé à développer une culture de dénégation.

<< Le racisme au Québec? Ni vu ni connu >>. Telle est la réaction de la nation québécoise lorsqu’elle est confrontée à la problématisation des iniquités raciales.

Il est donc juste d’affirmer qu’au Québec, le racisme est orphelin. Rares sont ceux qui assument sa paternité, c’est-à-dire un racisme sans racistes, où les vitimes de celui-ci sont perçues comme des pschizophrènes qui voient des choses qui n’existent pas.

Le Blackface made in Québec

La question n’est pas de savoir si la société québécoise est raciste ou non. Il s’agit plutôt d’une quête de solution au problème afin de libérer des jeunes Noirs du profilage racial et que des gens ayant des noms arabes soient en toute quiétude intégrés au marché du travail.

As-tu déjà été victime de racisme au Québec?

Je ne crois pas qu’il existe une personne noire qui n’ait jamis été la cible de discrimination en Amérique du Nord. Le vaccin qui nous permettrait d’être immunisé contre ce mal n’est pas encore sur le marché.

À mon tour de te poser une question, cher ami: le racisme n’a-t-il pas eu le dernier mot sur PK Subban, qui était le meilleur joueur du Canadien de Montréal?

Je reconnais toutefois que le racisme que j’ai connu dans mon enfance n’est plus. Les mots nègres, ti-noir et chocolat qui représentaient la parole raciste ont été substitués par des actes racistes beaucoup plus anonymes. Le racisme s’est modernisé en s’adaptant aux luttes que mènent contre lui les mouvements antiracistes.

Et comment nous, les Blancs, pourrions aider les Noirs?

C’est vous qui avez besoin d’aide! S’il s’agit bien du racisme blanc, le problème est donc chez les Blancs. Comment un malade peut-il offrir son aide quand il est lui-même le souffrant? Cette aide salvatrice peut être perçue comme du paternalisme, tu sais…

Cependant, une rupture avec le déni serait un bon pas vers la bonne direction, car reconnaître sa faute, c’est commencer à la réparer.

Walter Innocent Jr
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J'écris par passion. Je blogue par souci d'une meilleure compréhension du monde complexe dans lequel nous vivons. À travers mes écrits, je compte vous faire voyager dans tous les coins de la planète afin de découvrir et d'explorer les réalités sociales et culturelles de différentes sociétés.

4 Commentaires

  1. Félicitation bro! Mais il reste que ce sont aux victimes de faire valoir leur droit. Ils ont le fardeau de la preuve de porter plainte ce qui ne se fait pas souvent et j’en sais quelque chose. Alors voici un ex…Voyez-vs il y a + ou – 3 ans j’ai été victime, moi-même, de profilage raciale dans un des grands multinationales canadiennes à Montréal. Blessé, fâché j’étais en furie. Alors après avoir consulté amis et proches de voir à la possibilité de porter plainte et tous m’avaient dit wouch ça ne vaut pas la peine car face à un si grand géant comme ça ils vont m’écraser comme on écrase une petite fourmi. Cependant moi j’ai décidé autrement et j’ai porté plainte à la CDPJ. Ça a été dure comme épreuve mais finalement l’affaire a été conclut à une réponse satisfaisante en ma faveur. Et c’est là que l’agent qui s’est occupé de mon dossier m’a appris que, en 15 ans de pratique à la commission il constate que j’étais le seul de la communauté noir a avoir pris une démarche en ce sens alors que les autres communautés sont plus enclin à le faire… Enfin bref tout ça pour dire qu’il revient une partie de responsabilité contribuer à dénoncer le problème car je peux vous dire ce n’est pas chose facile à faire. Voilà… Bonne journée.

    • Walter Innocent Jr
      Walter Innocent Jr Répondre

      J’applaudis ton courage, Wes! Si toutes les victimes de racisme au travail dénonçaient, les choses seraient différentes. J’espère que les gens se serviront de ton témoignage s’ils se retrouvent dans des situations similaires. Je te remercie pour le compliment et bonne continuité, camarade.

  2. Gladys Vernet Répondre

    Mettre une fin a ce fleau serait de promouvoir la race noire. Malheureusement, la mentalite d’esclave a laquelle nous sommes si profondement programmes laisse le pied a ces chenapans qui s’arrogent encore des droits, des titres, des riches ses, en employant la negro-psychologie. Renverser leur pseudo-supremacie, acceder
    a l’union, employer nos talents, (nous en avons en
    masse) est le seul moyen de racheter la dignite a laquelle ils comptent pietiner indefiniment. Cessons de glorifier la race qui vise a notre annihilation! Cessons cette incessante plainte! Marchons la tete altiere!
    Pardonnez mes errata, Mr. Innocent.

    • Walter Innocent Jr
      Walter Innocent Jr Répondre

      Tu as tout à fait raison, Gladys Vernet! Nous devons croire en nos moyens, mais malheureusement, comme tu as dit, nous ne sommes toujours pas guéris de la blessure de l’esclavage. Cependant, avec des gens comme toi, nous pouvons croire au changement. Merci pour ta participation, chère amie. 🙂

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